Quarante ans après sa création et un destin éditorial chaotique, le cycle des Contrées s’achève avec la parution de deux derniers livres : Les Carnets de l’explorateur perdu & La Vie de l’explorateur perdu, publié fin 2020 au Tripode.

Assez unique dans le paysage littéraire français, on illustre souvent “le cycle des Contrées” en le désignant comme le chaînon manquant entre Tolkien et Julien Gracq : entre la puissance de l’imaginaire, la crédibilité du monde qui s’étant au fil des textes et le merveilleux à l’œuvre que l’on peut retrouver dans le Seigneur des Anneaux, mais aussi ses héros « faibles », sur qui personne n’aurait misé,  qui racontent une aventure qui dépasse l’expérience humaine à la première personne. Entre le plaisir de laisser couler les mots, le mélange des genres & disciplines, l’interrogation sur les événements historiques et l’éthique que l’on peut trouver dans le Rivage des Syrtes, mais aussi l’approche du poème en prose, l’écriture technique ou la place discrète de l’autobiographie.

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À 78 ans, le poète et romancier Jacques Abeille met un point final à un ensemble de textes qui se croisent, se citent, se complètent sans en faire pour autant des suites et dont il n’est pas le seul auteur. Un roman de feuilleton infini (plusieurs livres s’interrogent sur comment finir un texte) qui se déroule sur plusieurs époques & générations, et écrit à plusieurs mains.

À la manière de ses grands ensembles cinématographiques qui partagent un univers commun, tout en laissant chaque film se développer dans une direction, mais en impliquant des cross-overs, en intégrant des personnages d’un titre dans un autre pour créer des ponts, les livres de Jacques Abeille sont conçus comme des titres indépendants qui pourtant communiquent tous entre eux.

Certains titres sont revendiqués par des écrivains de fiction, Abeille ne signe que la couverture : Ludovic Lindien, Barthélemy Lécriveur, Brice Cléton ou Léo Barthe sont les doubles de l’auteur et tissent des liens entre eux. D’autres sont signés dans notre réalité par Léo Barthe, son hyponyme (qui publie des recueils érotiques, mais on y revient plus bas) qui est également un personnage, créant une brèche entre le paratexte et la fiction.

Barthélemy L’écriveur est le premier pseudonyme de l’auteur, sous lequel ses premiers textes ont été publiés. Dans le Veilleur du jour, le texte glisse de la 1ère à la 3ème personne quand un autre personnage récupère les écrits du protagoniste, un jeu méta qui reflète celui de l’écrivain. On pense à Antoine Volodine et ses nombreux pseudonymes et doubles de fiction qui se répondent et dont les alias peuvent être à la fois personnages ou les écrivains qui signent les textes.

Figures de l’écrivain (maudit)

Publié en 1982, les Jardins Statuaires sera ponctuellement redécouvert et réimprimé chez plusieurs éditeurs, tandis que les autres livres ou nouvelles du cycle sont publiées çà et là. Ce sera en 2010 que les Éditions Attila (le catalogue passe au Tripode en 2013) remettent en avant le travail de Jacques Abeille avec une nouvelle maquette, une ambition de reconstituer le cycle et surtout des couvertures originales du dessinateur François Schuiten. Deux créateurs aux imaginaires voisins, dont la rencontre va provoquer une renaissance des textes d’Abeille en librairie, mais également la production d’un livre inédit mêlant textes et dessins, les Mers Perdues. Puis ce sera l’édition en poche, chez « Folio SF » ces dernières années qui ont permis aux écrits d’Abeille de rencontrer un nouveau public.

Étrangement, dès les premiers textes, les Jardins statuaires et le Veilleur du jour, les personnages principaux sont écrivains et restent en marge. Et ce sera le cas dans presque tous les livres du cycle, les manuscrits, lettres et travaux de ces auteurs sont immanquablement perdus, mis au ban, interdits ou confisqués. Les narrateurs qui consignent sont dangereux, ils peuvent mettre un monde en péril, provoquer sa chute ou déstabiliser l’homme le plus fort de l’empire. Incomprise ou trop absorbée par leurs œuvres, cette figure sera récurrente dans les textes suivants de l’auteur sans qu’on sache comment il a anticipé cet écho avec la réception difficile de son œuvre.

De l’autobiographie au culte du secret

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Le monde de Jacques Abeille est peuplé de personnages solitaires, de jumeaux et de doubles, d’écrivains qui changent de noms et de patronymes mystérieux. L’auteur l’a souvent expliqué en interview, lui qui est un enfant adultérin, orphelin recueilli par son oncle, frère jumeau de son père et qui hérite d’un nom emprunté. Une part autobiographique que l’on retrouve en creux dans son œuvre, pour lui qui a toujours été attentif aux théories freudiennes.

L’auteur et son double, qu’il soit ami, fils ou gardien, hantent chaque livre des Contrées. Les jumeaux aux histoires troubles, les pères absents nimbés de mystères, les familles éclatées dont ont refait l’histoire sont les thématiques qui sous-tendent les différents récits, en étant tour à tour moteurs ou sujets de l’histoire. Une quête des origines qui relie tous les textes du cycle où les fils partent sur les traces de leurs pères, des traces qui n’ont pu être effacées seulement remplacées par d’autres.

Le secret rejoint l’oubli dans ces livres. Que ce soit des secrets de famille, des peuples aux mœurs mystérieuses, des secrets d’état ou rites impénétrables, la fiction revendique l’importance des mots à la fois pour soutenir la mémoire ou la transmission que celle de dérouter, d’épaissir le mystère par sa poétique ou ses sous-entendus. Des biographies-monde des Jardins statuaires aux signes polysémiques trouvés dans Les Carnets de l’explorateur perdu, en passant par les réflexions du Veilleur du jour ou les notes épistolaires du narrateur des Mers Perdues, chaque narrateur dévoile autant qu’il renforce le mystère. Mais chez Abeille, les écrivains sont surtout des archivistes, Ludovic Lindien qui sera le grand biographe de son père, mais aussi un ethnologue amateur attentif, Brice Cléton qui passe une partie de sa vie à classer, trier et répertorier les écrits des autres ou Barthélemy Lécriveur qui n’a ni mémoire ni biographie et pourtant écrit pour se souvenir.

Une écriture basée sur les fantasmes, les rêves dont on peut décoder les clefs. Un agencement de visions porté par un style fluide qui prend la liberté de se charger d’employer des tournures absentes de la littérature contemporaine pour parfaire cette illusion de rêve éveillé.

« Est-on jamais assez attentif ? » Peut-on lire au début des Jardins statutaires, une mise en garde pas si anodine en incipit d’une fresque de 11 livres qui réécrivent les mêmes moments, les mêmes biographies, les mêmes lieux à travers des points de vue, des places ou des temps différents.

La censure et l’érotisme

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Toute la littérature de Jacques Abeille travaille l’érotisme, à des degrés différents. L’écrivain est connu pour ses romans et nouvelles pornographiques publiées la Musardine (CamilleZénobie) ou regroupées chez le Tripode dans De la vie d’une chienne sous le pseudo de Léo Barthe, ou plutôt l’hyponyme de Léo Barthe.

On peut y ajouter les Chroniques scandaleuses de Terrèbre qui font écho au Veilleur du jour, au procès du maître dans La Barbarie. Mais surtout Les Voyages du fils où Ludovic Lindien rencontre tour à tour Barthélemy Lécriveur et Léo Barthe. Devenu un vieil homme, Barthe lui parle de littérature et de texte érotique, de secrets de famille et de noms qui cachent d’autres noms et dévoile le thème de quelques-unes des nouvelles érotiques qui composent le livre Chroniques scandaleuses de Terrèbre qui s’adjoint au cycle des Contrées.

La censure est à l’œuvre dans les Contrées. Les auteurs de fictions y réfléchissent, quand Ludovic Lindien ne sait pas quels textes de son père il peut publier, quand le narrateur de la Vie de l’explorateur perdu s’interroge sur ce qu’il peut dire de la biographie de son ami, avant qu’il soit célèbre… Les Chroniques scandaleuses servent dans le procès à charge dans La Barbarie, dans La Clef des Ombres, c’est toute la vie de Brice qui évolue dans un monde d’archives oubliées, censurées. Du manuscrit traduit des Jardins qui empoisonne la vie des politiques de Terrèbre aux textes volés du narrateur des Mers perdues, la censure est constante.

Si la pornographie reste cantonnée aux Chroniques scandaleuses de Terrèbre au début, les scènes d’amour charnelles sont nombreuses et certains personnages, comme Brice dans La Clef des Ombres explore son imaginaire, multiplie les partenaires s’abandonne à ses fantasmes. Il sera de retour pour quelques fantaisies de bureau dans La Vie de l’explorateur perdu. D’autres comme Barthélemy Lécriveur dans Le Veilleur du jour, vit nu avec sa partenaire dans son sanctuaire et explore aussi bien les mystères du corps que ceux de l’esprit. Les autres, souvent voyageurs, trouvent une compagne en cheminant, se rapprochent à la faveur de la nuit et tous les personnages, depuis les Jardins, ont un rapport charnel aux femmes — presque toujours secret ou fortuit. Les relations charnelles, la découverte des corps sont indissociables de la surprise, du mystère et du rêve.

Des scènes érotiques, des nouvelles pornographiques dans un univers des contrées où les personnages apparaissent pourtant sans désir. L’attente, celle chère à Gracq et Buzzati, constitue nos héros. Le premier d’entre eux, Barthélemy L’écriveur tient son nom de Bartleby le Scribe, véritable archétype de l’attente créé par Herman Melville. Sans passé, sans futur, sans volonté autre que ce que propose l’instant présent, repoussant toutes les propositions par un incroyable « je préférerais ne pas », il est le modèle du scribe,  du copiste à la marge sur lequel sont forgés les personnages d’Abeille.

Cartographie des labyrinthes

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Parmi les personnages importants du cycle, on retient les villes. Chaque texte s’offre comme une cartographie d’une région, comme le récit d’un ethnologue qui découvre un lieu, un peuple inconnu & ses mœurs. Certains textes — ceux écrits par Lindien en particulier — sont présentés comme tels, mais dans les autres également.

Villes labyrinthiques, architectures maudites, terres chargées de mystères, le monde de Jacques Abeille fascine par la richesse de ses Contrées, pourtant très resserrées sur une carte.  L’artiste Pauline Berneron a créé la carte des Contrées, dans le style de celles qui accompagnent les grands romans de fantasy, une topographie des lieux évoqués (ou non) dans chacun des livres qui permet de situer cet univers de poche. Encadrée par la grande cité de Terrèbre (miroir de Bordeaux), la ville administrative de Journelaime (Angoulême), les ruines de Lugdanna (Lyon) au Nord, et les jardins (pays cévenols) à l’est, on peut en appréhender l’étendue.

Pourtant, les Contrées restent terra incognita et l’auteur — ou les auteurs — ont sur le lecteur une connaissance supérieure qui n’est pas entièrement partagée. L’excitation de la découverte, la cartographie du monde au fil de l’exploration laisse souvent la place à l’imagination du protagoniste comme du lecteur arrivé à un certain point. Ce n’est que l’arrivée d’un nouvel explorateur qui permettra de reprendre, de prolonger ou d’infirmer certains passages complétant quelques morceaux de la carte qui reste pleine d’angles morts.

Temple ou masure de fermier, chambres d’hôtel ou chambre de bonne, il existe des pièces secrètes, des lieux de mystère que certains hommes habitent et d’autres fuient. Si vous avez déjà visité Angoulême, vous pouvez comprendre les ruelles tortueuses qui mènent aux bâtiments, les pièces aux formes improbables qui conditionnent la psyché de certains héros. Si vous êtes lecteur de Kafka, vous percevez immédiatement l’humour froid de ces labyrinthes, de ces agencements tortueux et métaphoriques qui composent les architectures des Contrées.

Jeux d’Influences : du Surréalisme à François Schuiten

Fables pas si fantaisistes par ses thèmes abordés, chaque roman du cycle se penche sur l’acte créatif, sur notre relation à l’art. Marqué par le mouvement surréaliste et André Breton, cette influence est perceptible de manière diffuse dans les livres du cycle, à la fois dans les thèmes communs ou les libertés d’écriture.

On a cité plus haut la figure tutélaire de Julien Gracq dont l’œuvre, les thèmes et même la vie ont inspiré à Jacques Abeille ses textes. De la puissance des descriptions de paysage, du vocabulaire dense sur fond de jeux de violence d’Au Château d’Argol aux barbares, armées, et lieux clos d’Un balcon en forêt. Dino Buzzati les lie tous les deux depuis son Désert des Tartares qui a inspiré les deux écrivains, Abeille s’essayant à l’après attente, une fois que les Barbares sont repartis.

On pourrait citer Henri Michaux pour son goût de la langue et de l’insolite ou Ursula K. LeGuin pour son cycle La Ligue de Tous les Mondes qui propose une science-fiction écrite avec une approche sociale et ethnologique qui teste des modèles de civilisation en explorant plusieurs univers différents, mais connectés.

En 2010, Jacques Abeille rencontre François Schuiten à l’initiative de son éditeur  pour illustrer les couvertures des rééditions du cycle des Contrées. Non seulement la rencontre sera heureuse pour le lecteur puisque les livres trouvent un nouveau public mis en avant par le style du dessinateur déjà connu pour ses mondes imaginaires sur la série des Cités Obscures (co-crée avec Benoît Peeters) ; mais aussi sur une collaboration inédite, un album hors format lié au cycle.

Ce sera les Mers perdues, un texte épistolaire accompagné d’illustrations et croquis originaux de François Schuiten qui explore les Contrées d’un angle inédit. Un album qui peut être vu comme une fin, dans un temps très lointain, ou comme une réécriture du premier livre, l’écrivain s’inspire du graphisme du dessinateur pour recréer la découverte de son univers. L’auteur explique dans une interview, la place de cet album un peu à part :  « Je me suis dit que l’ensemble serait une sorte de symphonie avec plusieurs mouvements, dont “les Mers perdues” seraient la coda, la découverte finale d’une origine très lointaine. Mais il s’agissait de ne pas dépayser le lectorat de François Schuiten. Il est venu à mon secours : il a sorti les planches préparatoires, ce qui rend l’album précieux pour ses admirateurs. »

L’autre particularité de ce livre, c’est que François Schuiten n’a pas créé des planches à partir du texte d’Abeille, mais lui a proposé un ensemble déjà constitué sur lequel l’écrivain devait se greffer. Si les illustrations de couvertures ont été inspirées par les Contrées,  celles des Mers perdues sont une série d’illustrations pour un jeu vidéo qui n’a jamais vu le jour, et présente des similarités troublantes avec les paysages des Jardins statuaires. Cette inversion, doublée d’un délai d’écriture très court, a poussé l’auteur à proposer un récit épistolaire sous forme linéaire, d’une exploration de ses lieux inconnus par une équipe scientifique, un écrivain, un dessinateur et une géologue. L’équipe guidée par des pisteurs Hulains, un peuple méconnu des lecteurs, qui n’apparaissent que brièvement dans les différents textes et dans La grande danse de la réconciliation : un texte lui aussi à part, présenté comme un carnet de notes de Ludovic Lindien, agrémenté d’illustrations de Gérard Puel. Deux récits illustrés, seules exceptions dans l’univers des Contrés, toutes deux centrées sur les Hulains.

Le duo du narrateur et du dessinateur qui vont aller au bout de leur voyage malgré les difficultés, et qui offrent une nouvelle exploration de ces Contrées : permettent à Abeille de faire un clin d’œil à François Schuiten qui lui a permis de faire redécouvrir ce cycle grâce à ses couvertures. L’auteur, Grand Prix du Festival d’Angoulême, multi-récompensé pour ses ouvrages est l’un des grands dessinateurs français dont le nom est connu au-delà des seuls amateurs de bande dessinée.

Guide de voyage dans les contrées

1er voyage : le circuit touristique incontournable

Pour attaquer son œuvre, vous avez plusieurs choix, mais vous devez commencer par les deux romans initiaux : les Jardins statuaires et le Veilleur du jour et poursuivre par Un homme plein de misère (Les barbares et La barbarie) avant d’explorer la suite.

Les Jardins statuaires est la première incursion dans cet univers où le narrateur, lui-même étranger, se balade dans les jardins pour en comprendre les us & coutumes et décrit un monde construit autour de la culture de statues. Conçu comme un livre dans le livre, on assiste à une première approche ethnologique d’un peuple, qui sera réécrite dans plusieurs des textes suivants.

Les Jardins statuaires, Le Tripode, 23 € ou en Folio SF, 9,20 € 

Le Veilleur du jour, se déroule de l’autre côté des Contrées, à Terrèbre, capitale du monde connu un peu avant la chute de l’empire. On découvre Barthélémy Lécriveur (qui sera un personnage récurrent de l’œuvre) et sa découverte des secrets mystiques & politiques de la ville, ses expériences amoureuses.

Le Veilleur du jour, Le Tripode, 24 € ou en Folio SF, 9,70 €

Un homme plein de misère a été publié en deux livres : Les barbares et La barbarie.

Les barbares tant redoutés sont là, ils ont conquis les Contrées, se sont appropriés Terrèbre et leur prince semble chercher autre chose que le pouvoir. Le seigneur des steppes embarque un universitaire qui a traduit le livre du voyageur inconnu sur les Jardins statuaires (le 1er livre du cycle que vous avez lu) pour partir à sa recherche. Le roman nous permet de découvrir les peuples, les paysages et la cartographie des Contrées dans un long voyage à la fois épique et philosophique.

Les Barbares, Le Tripode, 24,35 €

La Barbarie, Le Tripode, 15,20 €

ou en Folio SF : Un homme plein de misère, 11,50 € 

Suivent Les voyages du fils où Ludovic Lindien part sur les traces de son père Barthélemy Lécriveur (narrateur et protagoniste du Veilleur du jour). La quête du père se mue en conte initiatique dans les régions sauvages des Contrées et le texte explore un volet plus mystique, magique et érotique que dans les livres précédents. C’est le livre pivot à partir duquel tout sera pensé comme un tout par l’auteur.

Les voyages du fils, Le Tripode, 17 € ou en Folio SF, 8,10 €

2e voyage : l’exploration en solitaire

À partir de ce point, vous avez plusieurs choix, soit de continuer dans le cycle (j’y reviens un peu plus bas dans le 3e voyage) ; soit lire les textes de Ludovic Lindien et de Léo Barthes dont Les voyages du fils font référence et qui sont liés aux recherches de Ludovic sur Barthélemy Lécriveur. Je vous conseille cette voie-là.

Les Carnets de l’explorateur perdu reprennent une série de nouvelles, conçues comme des écrits ethnographiques de Ludovic Lindien autour des peuples des contrées. On retrouve les intrigantes cavalières du roman Un homme plein de misère, les Hulains qui auront une place centrale dans les Mers Perdues dont on va parler. Et d’autres qui viennent compléter nos connaissances des Contrées à travers de petites fables ou points de vue. La Grande Danse de la réconciliation est une des nouvelles du livre, mais existe à part en grand format pour profiter des illustrations de Gérard Puel en grand format.

Les Carnets de l’explorateur perdu, Le Tripode, 17 €

La Grande Danse de la réconciliation Le Tripode, 15 €

Et Les Chroniques scandaleuses de Terrèbre, livre qui est signé par l’hyponyme Léo Barthes (personnage clef des voyages du fils) qui est une collection de nouvelles érotiques et pornographiques qui se déroulent dans l’univers des Contrées. Certaines ont été écrites pendant la rédaction du Veilleur du jour et d’autres y font référence, comme la dernière qui est lue dans les voyages du fils. Chez le même éditeur, vous pouvez trouver ses autres romans érotiques (hors cycle) Histoire de la bergère et la trilogie De la vie d’une chienne.

Les Chroniques scandaleuses de Terrèbre, Le Tripode, 17 €

3e voyage : retour sur les sentiers balisés

Viennent alors deux livres très différents La Clef des Ombres et le roman hybride des Mers Perdues avant le dernier livre La Vie de l’explorateur perdu.

La Clef des Ombres est un peu à part puisqu’il a été écrit dans l’idée de créer un autre cycle, “le cycle des Chambres”, mais a finalement été réintégré à celui des Contrées. Jacques Abeille a dit en interview qu’il existait des documents pour un second roman qui devait s’appeler Une chambre derrière la gare, mais faute de réception éditoriale pour ce projet, il a choisi d’intégrer son personnage Brice Cléton au cycle des Contrées. Cet archiviste méticuleux, enquêteur amateur sera présent dans La Barbarie et surtout La Vie de l’explorateur perdu, car il sera le narrateur qui clôturera tout  le cycle. Dans ce livre, l’auteur se permet d’introduire un peu plus de politique et d’érotisme que dans les livres précédent, donnant un ton assez différent au reste de la saga, un ton repris dans le dernier livre.

La Clef des Ombres, Le Tripode, 23 €

Les Mers Perdues est un livre à part puisqu’il s’agit d’un album illustré par François Schuiten comme on l’a vu plus haut, mais également, car c’est le seul qui n’entretient pas de lien direct avec tous les autres.  L’idée d’Abeille était de faire une redécouverte de son propre univers, de créer un album qui boucle le cycle en tournant autour sans en reprendre les codes. La double lecture des images et des lettres qui constituent le livre nous met dans la peau du personnage du 1er livre, les Jardins, qui explore un monde inconnu, soufflé par le côté grandiose et dérangeant de ses statues sorties de terre et de ce monde sur le déclin.

Les Mers Perdues, Le Tripode, 23 €

Enfin La Vie de l’explorateur perdu, ultime récit de cet univers merveilleux,  qui choisit de faire le lien entre tous à travers l’enquête de Brice Cléton. Le roman se situe au carrefour de toutes les histoires précédemment développées, suivant les personnages clefs des précédents livres, donnant à lire un autre point de vue — commenté par Brice — sur certains textes déjà lus. Le livre se rapproche de La Clef des Ombres, par le choix assumé de l’érotisme, mais également de l’intrigue politique en donnant à voir la police secrète et les complots qui étaient en sourdine dans les précédents livres. On y retrouve aussi les passions littéraires et éthologiques avec les voyages et rencontres en terres inconnues ou la passion du jeune Ludovic pour les Hulains.

La Vie de l’explorateur perdu, Le Tripode, 19 €

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