Si les livres sont faits de papier, est-ce que l’on pense aux arbres en les lisant ?

Je vous pose la question, car lire une fiction c’est s’approprier les souvenirs d’un autre : c’est intégrer une somme d’expériences, d’émotions, de connaissances et d’idées tout en prenant du plaisir, en frissonnant, en espérant, en redoutant. C’est un beau moment solitaire qui nous en apprend beaucoup sur nous et sur les autres.
Une expérience littéraire à nulle autre pareille
Je vous pose la question, car jusqu’à la lecture de L’Arbre-Monde de Richard Powers je n’y pensais pas. L’écrivain américain propose un roman atypique dans sa forme où chaque personnage est lié à une essence d’arbre ; où le texte est découpé en plusieurs parties qui rejoignent celles des plantes, racines, troncs ou cimes ; où le choix des mots et de la prose désigne, sans distinction, les arbres ou les humains dans une mise à niveau poétique et politique du vivant.
Grand érudit, Richard Powers distille les dernières connaissances scientifiques en botanique dans son roman, il installe plusieurs générations d’Américains dans la grande histoire du pays qui converge dans son actuelle guerre civile, celle qui ne dit pas son nom, celle du climat et de l’environnement. Les arbres vivent, parlent en eux, s’entraident, et là ce n’est plus de la fiction, ce sont des faits. Powers convoque toute la panoplie des réactions humaines face à ces découvertes récentes dans un beau texte qui s’ancre très fort dans notre quotidien.
Je vous pose la question, car depuis ma rencontre avec ce livre, j’y pense constamment. Je m’arrête désormais devant des troncs, des feuilles, des branches pour connaître leurs noms, leurs histoires, leurs vertus. Je parcours les rayons des librairies en cherchant de nouveaux auteurs, de nouveaux textes comme autant de portes d’entrée vers cet univers souterrain et enraciné depuis le tout premier texte littéraire écrit de l’humanité : L’Épopée de Gilgamesh et sa Forêt des Cèdres gardée par le démon sylvestre Humbaba…
L’Arbre-Monde de Richard Powers, 10/18, 9,90 euros

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